2018 était la surprise. 2026 est la confirmation. San Mamés rejoint Twickenham et le Principality Stadium dans le panthéon des enceintes qui donnent du sens à une finale.
La plus belle image de la semaine n'était pourtant pas dans le stade. Elle était à l'hôtel de l'équipe, la veille. L'Athletic Club avait préparé une surprise pour les cinq joueurs de l'UBB nés au Pays Basque. Ce geste, le MHR l'avait vécu la veille pour la finale de Challenge Cup.
C'est Bixente Lizarazu, ancien des Girondins et de l'Athletic, qui a remis son maillot au capitaine. "Ça sentait la poudre." Deux Basques. Un même stade. Un même frisson.
Lucu n'arrivait pas en étranger à San Mamés. En 2018, il était dans ces mêmes tribunes pour assister au sacre du Leinster contre le Racing 92. Huit ans plus tard, le décor était le même. Le rôle avait changé. Pour cette finale, toute sa famille avait pris le bus depuis le Pays Basque français. L'année d'avant, à Cardiff, ils étaient sept ou huit. Là, ils étaient vingt-cinq ou trente. "Je joue au rugby pour déplacer le village", dit Lucu. À Bilbao, surtout. Parce que Bilbao, c'est la maison.
Le vendredi, c'était Montpellier.
Sous la chaleur basque, même en soirée, la Catedral était un chaudron. Les Cistes y ont inscrit neuf essais à l'Ulster, 59–26, record de points dans une finale de Challenge Cup. Ce n'était pas un match. C'était une leçon.
Mais pour mesurer ce que ça représente, il faut remonter à juin 2024. Un barrage de maintien contre Grenoble. Quelques minutes de suspense irrespirable avant de sauver sa peau. "C'est l'avenir d'un club qui est en jeu", soufflait-on ce soir-là. Le club champion de France deux ans plus tôt frôlait la Pro D2. Le vertige était réel.
Ce qui s'est construit depuis tient en quelques mots : remettre de l'ADN montpelliérain. Un staff quasiment 100 % héraultais: Caudullo, Paillaugue, Doumeyrou, Bès. Des anciens qui connaissent la maison de l'intérieur. Deuxièmes du Top 14 deux ans plus tard.
Bilbao n'était qu'une étape. Le Brennus, c'est pour juin.
Le samedi, c'était l'UBB. Lucu toujours.
41–19. Cinq essais en vingt-huit minutes. Le Leinster n'avait pas les armes, ou plutôt si, il les avait, mais personne ne lui avait dit où les ranger face à cette machine-là. San Mamés hurlait. Lucu rentrait à la maison avec la coupe.
Le lendemain la presse anglaise cherchait ses mots. Le Times a trouvé les siens: "sauvage et génial." Un club né il y a vingt ans d'une union de raison devenu la plus belle histoire d'amour du sport français. Le Telegraph, lui, n'avait d'yeux que pour Lucu, 21 points, élu meilleur joueur, qu'il couronnait nouveau roi du rugby français, au-dessus même de Dupont.…
Et puis le réveil. Pas le lendemain, la semaine d'après. Championne d'Europe, l'UBB se retrouvait à Toulon à grappiller un bonus défensif pour rester dans le top 6. Une défaite 27–22, un point arraché, une qualification encore incertaine. La plus belle équipe d'Europe en train de compter les points comme un comptable en fin de trimestre.
C'est ça que l'IA ne verra jamais venir. Pas le score, pas les essais, pas même le style. L'absurdité. Cette capacité du rugby à produire des situations que personne n'oserait scénariser. Un algorithme aurait tout prévu sauf ça : que la gueule de bois des champions soit aussi celle du classement.