Une forêt qui n'a jamais été spontanée
Le massif landais tel qu'on le connaît est une création humaine récente. Jusqu'au milieu du XIXe siècle, ce territoire est une lande marécageuse insalubre, surnommée localement le "désert" girondin. La loi du 19 juin 1857 impose aux communes de planter massivement des pins maritimes pour assainir les marécages et rendre le territoire cultivable. L'ingénieur Jules Chambrelent en est resté la figure emblématique, aux côtés de Nicolas Brémontier pour la fixation des dunes littorales dès le XVIIIe siècle, comme le rappelle l'INA.
Mais l'assainissement n'était pas la seule finalité affichée. Napoléon III cherchait aussi à développer la sylviculture pour l'industrie, en particulier le gemmage du pin maritime destiné à produire térébenthine et colophane, des produits stratégiques pour l'époque (calfatage des navires, éclairage). Autrement dit, dès l'origine, la forêt landaise est un outil économique avant d'être un écosystème qu'on protège pour lui-même.
Le XXe siècle : la forêt devient une usine à bois
Une fois le gemmage industriel en déclin, la filière landaise et girondine s'est réorientée vers la production de bois pour l'industrie (papeterie, construction, panneaux). Le modèle qui en résulte est décrit sans détour par franceinfo à propos des incendies de l'été 2026 : le massif couvre 974 000 hectares, dont environ 803 000 sont occupés par des plantations de pins maritimes destinées à la production de bois, plantées en majorité en "futaies régulières monospécifiques", c'est-à-dire une seule essence, des arbres du même âge, récoltés autour de 45 ans en moyenne en Aquitaine selon le CNPF Nouvelle-Aquitaine. C'est un mode de gestion économiquement efficace, mais qui présente une faiblesse structurelle : quand un feu démarre, il trouve un combustible presque continu, les flammes passant d'une parcelle à l'autre sans rencontrer de rupture.
Ce lien entre monoculture et propagation des incendies n'est pas qu'une impression de terrain. Une étude publiée en 2025 dans Nature Communications montre que les plantations forestières des régions tempérées ont deux fois plus de risques de subir un incendie destructeur que les forêts naturelles exploitées, un effet observé dans neuf pays tempérés sur dix étudiés, dont la Chine et la Russie.
Aujourd'hui : la forêt comme placement patrimonial
Posséder une forêt en France ouvre droit à un régime fiscal particulièrement avantageux, le dispositif DEFI (dispositif d'encouragement fiscal à l'investissement en forêt), reconduit jusqu'en 2027. Concrètement : un crédit d'impôt de 25 % sur l'achat (plafonné), une exonération de 75 % sur les droits de succession, et une exonération de 75 % sur l'IFI (impôt sur la fortune immobilière), à condition de s'engager sur un plan de gestion durable pendant 30 ans.
Des acteurs bien implantés dans notre région en font un argument commercial explicite, comme Alliance Forêts Bois, coopérative forestière très présente en Gironde et dans les Landes, ou des plateformes de gestion de patrimoine comme Finary et reduction-impots.fr, qui présentent les groupements forestiers (GFF, GFI) comme un produit de diversification patrimoniale accessible à partir de quelques milliers d'euros.
Un arbitrage se pose alors, que plusieurs analyses de l'été 2026 pointent du doigt : réduire la densité de plantation ou diversifier les essences améliorerait la résilience face au feu, mais cela réduit la rentabilité immédiate, un compromis que les logiques de marché à court terme peinent structurellement à intégrer, qu'il s'agisse d'un propriétaire isolé ou d'une filière organisée autour du volume.
L'eucalyptus, la tentation suivante
Le cas portugais sert ici d'avertissement. L'eucalyptus y a été massivement planté pour son industrie papetière, en raison de sa croissance très rapide (moins de quinze ans pour arriver à maturité, contre environ 45 ans pour le pin maritime) et de sa capacité à repousser après une coupe ou un incendie. Résultat : le pays affronte aujourd'hui des feux jugés incontrôlables, précisément dans ces forêts d'une seule essence, particulièrement vulnérables aux sécheresses estivales.
On peut imaginer que la tentation de planter des eucalyptus existe aussi ici : on en voit quelques uns, ici ou là. Espérons que les incendies récents freineront cette tentation, plutôt que de la renforcer par appât d'une rotation trois fois plus rapide que celle du pin.
Qui possède vraiment la forêt française
Un dernier chiffre pour cadrer le débat sans le caricaturer : les trois quarts de la forêt métropolitaine appartiennent à des propriétaires privés selon l'IGN, soit environ 3,5 millions de propriétaires pour 12,6 millions d'hectares selon le CNPF (Centre national de la propriété forestière). Cette propriété est en réalité très morcelée : plus de la moitié des surfaces privées correspondent à des parcelles de moins de 25 hectares, souvent transmises par héritage, et une part significative de très petits propriétaires n'exploite même pas son bois. Les grands groupements forestiers et les gros investisseurs institutionnels ne représentent donc qu'une fraction de cette propriété privée, même s'ils pèsent disproportionnellement sur les volumes commercialisés et sur les choix de plantation à grande échelle.
En creux
Rien de tout cela ne signifie qu'un propriétaire qui investit dans une forêt pour défiscaliser fait quelque chose de répréhensible : le dispositif est légal, encouragé par l'État, et engage à une gestion durable sur le papier. Mais la question posée en titre garde tout son sens : la forêt qui brûle aujourd'hui en Gironde et dans les Landes n'a jamais été plantée d'abord pour être une forêt au sens naturaliste du terme. Elle a été assainissement, puis matière première industrielle, puis aujourd'hui produit de niche fiscale. Le risque incendie n'est pas un effet secondaire malheureux de ce modèle : il en est, structurellement, une conséquence directe.
Cette page et les pages annexes de ce dossier ont été élaborées en collaboration avec Claude, assistant IA développé par Anthropic. La démarche est celle-ci : utiliser l'outil pour documenter un sujet, en posant les questions, en orientant l'angle, en vérifiant les sources et en nommant explicitement cette participation.
Ne me croyez pas sur parole, ni l'IA. 🤔
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